« Discite justitiam moniti et non temnere divos
»
Virgile, Enéide,
liv.IV,v.620
Mais, quel est le sens de cette devise, à vrai dire un peu compliquée,
que l’ancêtre de notre famille François-Dominique a choisi à l’occasion
de son anoblissement, ainsi qu’à tous ses descendants porteurs du nom,
par Joseph II, empereur d’Autriche, le 5 mars 1769 ? ...
La photo ci-dessous représente un fragment d’un manuscrit de L’Enéide,
Virgile, datant du 1er siècle avant J.-C.
Traductions
La traduction littérale de «
Discite justitiam moniti et non
temnere divos » est :
«
Apprenez après cet avertissement, à
connaître la justice et à ne pas mépriser les dieux »
La recommandation faite par notre ancêtre François-Dominique en
choisissant cette devise ne serait-elle pas :
«
Ayez la
sagesse des gens instruits des choses de la justice, n’agissez qu’en
toute connaissance de cause »
Ce qui pourrait se dire en diverses langues et traductions :
- Apprenez après cet avertissement, à connaître la justice et
à ne pas mépriser les dieux
- Leert rechtvaardigheid betrachten en geen godheid te
verachten
- Being warned, learn righteousness, and not to condemn the
gods
- Learn to recognize justice and not to scorn the gods,
Meaning
(interpretation): Don’t take justice in your own hands, wait for fate
to wreak its own wrath. If you attempt to wage your own revenge, you
will bring everlasting doom upon yourself.
Ne faites pas la
justice vous même, laisser faire le destin qui portera sa propre
indignation. Si vous deviez être tenté de prendre votre propre
revanche, alors vous irez vers votre perte éternelle.
Dans le récit de Virgile
Pour apprécier, comprendre et interpréter ce très beau vers de Virgile,
il convient de remettre les choses dans leur contexte et se reporter à
la mythologie grecque plusieurs siècles avant Jésus-Christ :
Phlégias, roi des Lapithes (1), était le père d’un fils Ixion et d’une
fille Coronis, maîtresse d’Apollon. Coronis, enceinte des œuvres
d’Apollon (2), attendait un fils nommé Asclepios (3), ce qui ne
l’empêcha pas de tomber folle amoureuse d’Ischys. Voilà qu’un corbeau
(4)vient informer Apollon de cette affaire, qui fou de rage envoie sa
sœur Artemis (5) tuer Coronis qui périt sous les flèches de
la déesse.

Apollon parvint à extraire du sein de Coronis son fils Asclepios et le
confie au centaure (6) Chiron. Phlégyas, très irrité par la mort de sa
fille Coronis, décida de piller et d’incendier le temple de Delphes
dont Apollon était le gardien.
En rétorsion, Apollon précipita
Phlégias dans le Tartare (7) et le contraignit à rester sous un immense
rocher d’équilibre instable, menaçant la chute à tout moment, et
condamné à répéter sans cesse pour l’éternité à haute voix cet
avertissement : Discite justitiam et non temnere divos.
« Virgile entouré de deux muses »
ou « Virgile dictant l'Enéide »
deux légendes de cette mosaïque.
Légende du Moyen-âge
Un moine du Moyen-âge répandit la fable suivante : le démon, interrogé
par un saint personnage, et sommé de déclarer quel était le plus beau
vers de Virgile, répondit sans hésiter : «
Discite justitiam
et non temnere divos ».

Quelques critiques ont trouvé cette belle maxime déplacée car les
malheureux condamnés à des supplices éternels n’avaient plus besoin
d’avertissements salutaires puisqu’ils ne pouvaient plus en profiter.
Scarron dit plaisamment dans son Virgile travesti : « Cette sentence
est bonne et belle, mais en Enfer à quoi sert elle ? »
On peut répondre que Virgile écrivait pour les vivants et non pour les
morts. Dans toute religion, le tableau des peines et des récompenses de
l’autre vie, n’est jamais qu’une leçon présentée aux hommes.
1657, Afgedrukt naar de eerste uitgave, gedrukt door Thomas Fontein, op
de Voorburghwal, by de Deventer houtmerckt te Amsterdam.
Au dix-neuvième siècle
Le vers de Virgile, choisi par la famille d’Hoop, était très connu au
XIXème siècle et souvent cité par les intellectuels :
- Victor Hugo – Le dernier jour d’un condamné (1832)
- Voltaire (fin XVIIIème) – Soyez justes, mortels, et ne
craignez qu’un Dieu. Il dénie et prétend, en biaisant le sens du vers
de Virgile, et en se basant sur le fait que certains anciens
n’adoraient qu’un Dieu, que le monothéisme n’était pas forcément
d’origine judaïque.
- Edgar A. Poe – Marginalia (1849)
- Blücher (1742-1819) (8) : Maréchal de Prusse et vainqueur
de Napoléon à Waterloo
Extrait de The military alliance against Napoleon 1813-1815 (Gordon A
Graig 1965). Propos attribués à Blücher (traduit de l’anglais) :
Nous devons prendre notre
revanche pour toutes les peines infligées aux nations, pour tant
d’audace et d’arrogance et l’on peut vraiment crier de toutes nos
forces « Discite justitiam moniti et non temnere divos ».
Si nous n’y croyons pas, alors nous ne sommes que de piètres misérables
ne méritant qu’une paix molle et précaire, remise en cause tous les
deux ans par notre ennemi, nous menant tout droit à l’infamie d’un
nouvel esclavage.
Nous nous devons de répondre aux incursions des Français en occupant
leurs campagnes et leurs villes. Tant que cela ne sera pas fait, notre
revanche et notre triomphe ne seront jamais qu’incomplets. Si nos
troupes de Silésie pouvaient aller jusqu’à Paris, alors je ferai
immédiatement sauter les ponts d’Austerlitz, d’Iéna ainsi que l’Arc de
Triomphe.
House of Parliament – Westminster (London)

la devise “Discite justitiam
moniti » est inscrite sur le frontispice de Big Ben (1859). Pour votre
prochain voyage à Londres, faites donc le détour et n’oubliez pas…vos
jumelles.
La tour de l’horloge, haute de 96 m fut achevée en 1858-1859 en
remplacement d’une tour de l’ancien palais de Westminster détruite en
1707. Au sommet, une horloge à quatre cadrans de 7 m de diamètre est
associée à une cloche pesant 16 t, familièrement appelée Big Ben,
probablement en souvenir du corpulent Benjamin Hall, premier
commissaire aux travaux en 1859. D’une régularité éprouvée, le
mécanisme n’a connu de panne qu’après 117 années en 1976, pour usure
métallique. Le surnom finit par désigner la tour, elle-même, au sommet
de laquelle éclatent de nuit les feux d’un phare lorsque le Parlement
est en séance.
Sous l’horloge, figure la belle devise « Discite justitiam moniti »
rappelant ainsi aux juges chargés de rendre la justice ainsi qu’aux
députés et lords en charge de légiférer, leur devoir impérieux d’agir
en toute sagesse…
Pour votre prochain voyage à Londres, faites donc le détour et
n’oubliez pas…vos jumelles.
The House of Parliament
En conclusion
La recommandation faite par notre ancêtre François-Dominique en
choisissant cette devise ne serait-elle pas :
Ayez la
sagesse des gens instruits des choses de la justice, n’agissez qu’en
toute connaissance de cause.
Notes (Dans le récit de Virgile)
(1) les Lapithes
habitaient la Béotie, province grecque située à une centaine de km au
nord d’Athènes. Les Athéniens détestaient les Lapithes, alliés de
Sparte, et pour les humilier les traitaient de béotiens (la définition
la plus aimable du béotien s’applique à quelqu’un d’incompétent dans un
domaine particulier)
(2) Apollon : dieu du
soleil, fils de Zeus, considéré comme le plus beau des dieux, connu
pour parcourir les cieux sur son char ailé. Apollon était le gardien du
site de Delphes ; c’est lui qui inspirait la pythie, dont les oracles
faisaient courir les foules. Une fois les questions posées et sous
l’effet d’un breuvage sacré, la pythie entrait en transe en marmonnant
des paroles incohérentes interprétées ensuite par les prêtres. En
répondant aux questions, la pythie ne disait jamais ni oui ni non, mais
toujours la vérité…
(3) Asclepios : dieu
de la médecine. Son animal favori était le serpent que l’on voyait
toujours à ses cotés, enroulé à son bâton de marche. Le serpent
d’Asclepios (Esculape chez les romains) est devenu l’emblème universel
de la médecine matérialisé par le caducée
(4) Apollon qui
apprit la nouvelle de cette trahison par l’oiseau, ne tarda pas grâce à
ses pouvoirs divinatoires à punir le corbeau qui lui avait transmis la
nouvelle, en peignant en noir ses plumes, auparavant aussi blanches que
celles d’une colombe
(5) Artemis : déesse
de la chasse, sœur d’Apollon, fille de Zeus, souvent représentée en
marchant à grande enjambée portant arc et carquois, escortée de biches
et de chiens
(6) Centaure : être
fabuleux, moitié homme, moitié cheval d’une indomptable vigueur et
considéré souvent comme brutal et malfaisant. Le centaure Chiron, connu
pour faire exception à la description précédente, était un être sage,
savant généreux, éducateur à double nature d’homme et de bête sauvage,
il représente l’enseignant capable de communiquer aux humains les
meilleures connaissances utiles sur la nature sauvage, bêtes et plantes
(7) Tartare : prison
infernale des dieux vaincus et des héros qui avaient gravement offensé
Zeus ou sa descendance. Funeste lieu où les coupables devaient subir
leurs châtiments. Synonyme de l’Enfer dans la mythologie grecque.